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Croix en bois devant une montagne enneigée, ciel bleu.
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Un jour, Un Anniviard – Régis Theytaz

Manu

mai 6, 2026

Article paru en 2018 sur un blog géré par Sierre-Anniviers Maketing abandonné peu après cette publication. Dommage, un article de qualité qui raconte une belle aventure dans les montagnes de Zinal. J’ai copié l’intégralité de l’article et des images sur le site du consortage de Zinal pour sauvegarde de la mémoire. Les auteurs ne m’en voudront pas. Manu, secrétaire-webmaster du consortage de Zinal

50 ans. Le 27 février 1968, l’Anniviard et amoureux de la montagne Régis Theytaz et son cousin Florentin Theytaz, chaussures de montagne aux pieds, sacs à dos et lampes frontales, embarquaient dans une aventure exceptionnelle défiant le froid de l’hiver et repoussant toute limite. Ce jour-là, ces deux guides de montagne avérés entamaient un périple vertigineux et ambitieux pour accomplir une ascension jusque-là encore jamais réalisée durant la saison d’hiver : gravir la face Ouest du Weisshorn.

« C’était un peu la folie du moment… Nous, les filles, à 18-20 ans, on s’en foutait ! Chaque fois qu’on avait un moment de libre, on allait faire de la montagne ! »

Afin de marquer ce jour, nous avons décidé de partir à la rencontre de cette figure régionale à Zinal. Entre son enfance, sa vie de guide, le défi du Weisshorn et des anecdotes à la fois rigolotes et pleines d’émotions, Régis Theytaz, qui gravit encore un sommet à 4000 mètres par année, partage ses plus belles histoires et expériences de vie.

Extrait tiré des archives du Nouvelliste

Vie de guide au Val d’Anniviers

Chez les Theytaz, le métier passionnant de guide de montagne est une véritable histoire de famille, une vocation qui s’est transmise de père en fils sur plusieurs générations.

« Mes deux grands-pères étaient guides pour les Anglais, vers 1900, mon père aussi. Je n’ai pas connu mon père, il est décédé dans le Val d’Arpette, emporté par une avalanche durant la mobilisation de 39-45 en couvrant les frontières. Mes deux grands-pères amenaient les Anglais sur les sommets. »

En 1966, année clé marquant le début de la station de Zinal, Régis devient guide, tout en étant moniteur de ski. Nous comprenons alors qu’avant 1965, la station était principalement animée par des Anglais.

« Les habitants d’Ayer montaient un mois en été faire les foins, mais on se sentait presque étrangers, il n’y avait que des Anglais ! En hiver, on montait à Zinal entre le 15 décembre et le 15 janvier avec le bétail pour manger le foin qui y était stocké. L’été, on allait ramasser des Edelweiss et on les vendait aux Anglais, 2 francs le bouquet ! »  

L’ascension hivernale de la face Ouest du Weisshorn

Régis commence alors à nous partager son extraordinaire aventure. Laissant place au fantastique, nous oublions, l’espace de quelques minutes, que nous sommes en 2018. Nous revivons ce moment avec lui.

« Quand j’ai fait le Weisshorn, c’était de la folie de partir parce qu’on n’avait pas d’assurance, et j’avais un bébé de 3 mois. C’était considéré comme un truc de l’impossible ! C’était une folie de deux jeunes guides, on devait se faire un nom dans le métier, on était en pleine forme ! Ça aurait été plus facile de faire ça au printemps, mais ce n’était pas compté comme hivernale, il fallait faire ça avant le 21 mars. »

Le 27 février 1968, les deux passionnés de la montagne partent accomplir l’impossible et se font héliporter jusqu’au pied du « Pillier Theytaz » au Weisshorn, où l’expédition allait enfin pouvoir débuter.

« À cette époque, il n’y avait pas de natels, et les batteries des radios ne tenaient pas assez longtemps. Le frère à Florentin et ma femme nous observaient depuis Sorebois avec un télescope. On avait convenu de brûler des journaux à 8h si tout allait bien, et à 9h si on avait un problème. »

Parcours effectué par Régis et Florentin Theytaz

Evoluant sur une face enneigée, puis uniquement rocheuse, les aventuriers grimpent en crampons jusqu’à 500 mètres en-dessous du sommet.

« On s’est assuré pendant toute l’ascension. On avait deux sacs, un sac « léger » de 12-15 kilos pour celui qui grimpait en tête, et un sac plus lourd pour le second. On a progressé par longueurs d’environ 40 mètres dans la paroi. »

Après un long périple les amenant à 4000 mètres dès le soir-même, les deux amis passent leur première nuit dans le froid glacial.

« Entre le sac de couchage et la tente, il faisait -28°C ! On n’a rien dormi, on était dans l’euphorie, on voyait le sommet tout près, alors qu’il y avait encore 500 mètres à gravir…

Le 2ème jour, on a dû bivouaquer à 4350 m. sur une vire de moins d’un mètre de large, on s’est pitonné à la paroi, et on a dormi l’un au pied de l’autre, pour se tenir chaud. À la fin de la journée, 150 mètres sous la paroi, on s’est dit qu’on arriverait les doigts dans le nez au sommet ! Pour finir, on est parti à la pointe du jour et il nous a fallu jusqu’à midi pour arriver au sommet. Mon cousin, qui était en tête, m’a crié « j’ai les doigts gelés ! », et je lui ai répondu « moi aussi ! ». On s’est gelé les deux premières phalanges au 2ème degré. Je me suis mordu les cloques pour faire sortir le liquide, et je n’ai plus eu mal. La fin, c’était que de la grimpe, on doit se tenir sur des prises minuscules et on ne pouvait plus grimper avec les gants, c’est pour ça qu’on a eu des gelures. C’est comme ça la vie de guide ! »

Une fois arrivés au sommet, Régis et Florentin commencent la descente par l’arête Nord en direction de la Cabane de Tracuit pour y installer leur troisième et dernier bivouac.

Le lendemain de cet exploit, la femme de Régis et un ami les attendent à la Cabane du Tracuit, après s’être faits héliporter, afin d’y emmener leurs skis et chaussures. La cabane était déjà chauffée afin d’y passer une nuit, mais les deux aventuriers décident finalement de redescendre directement sur la station.

« Une fois arrivés au village, la population était complètement dingue ! Les fifres et tambours et le Président de la Commune d’Ayer, Rémy Theytaz – qui était aussi un guide renommé – nous attendaient et ont ouvert la cave de la Bourgeoisie. On a bu des verres, on a fêté ! »

La réponse de Régis quand nous lui demandons s’ils n’étaient pas trop fatigués : « Non, ça allait ! »

Les petites anecdotes de Régis Theytaz

« Les guides se lèvent parfois à minuit pour faire des grandes courses comme le Weisshorn ou la Dent-Blanche. Le moniteur de ski, lui, fait la foire avec ses clients dans les bars de la station. Les gens me demandaient : comment tu fais pour être moniteur de ski et guide ?  Le guide se lève quand le moniteur de ski se couche ! »

***

« Un jour, je guidais un couple de Flamands sur le Cervin, ils ne parlaient pas le français. Le guides de Zermatt ne prenaient jamais 2 clients, mais ce jour-là il faisait grand beau, c’était pas grave si on rentrait plus tard. Alors qu’on redescendait, le gars était devant, la femme au milieu et moi derrière. La femme n’arrêtait pas de marcher sur la corde avec les crampons, et ça c’est un péché mortel en montagne ! Avec les crampons, on blesse la corde et elle peut casser. Au bout d’un moment, j’ai dit au gars : Nom de Dieu ! occupez-vous un peu de la corde de votre femme ! La femme, qui parlait un peu mieux français, vient vers moi et me dit : ce n’est pas mon mari, c’est un curé ! »

***

« À l’époque, quand les guides revenaient du Zinalrothorn avec 80 francs, il y avait deux catégories. Il y a ceux qui faisaient la foire et qui jouaient aux quilles devant l’Hôtel de la Poste. Mes deux grands-pères, eux, mettaient de côté ces 80 francs pour acheter des vignes à Sierre. Étant jeune, je me suis donc retrouvé avec des paquets de vignes à Sierre. Par la suite, j’ai revendu une partie de ces vignes pour construire un magasin de sports à Zinal ! »

Appel à l’aide : Régis Theytaz a égaré l’album photo de l’ascension de la face Ouest du Weisshorn dans le courant des années 1970. Si vous deviez savoir où il se trouve, merci de nous le signaler ! Régis « paie un gueuleton » à la personne qui retrouve cet album !

C.A. / R.D.

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Manu

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